La créativité effectue un "détour" par rapport au chemin de la logique.

Mis à jour : 22 déc. 2019













La démarche logique a pour fonction de mettre de l’ordre dans le chaos du monde en utilisant le principe suivant lequel « tout effet possède une cause, tout phénomène doit pouvoir s’expliquer rationnellement ».

On verrouille chaque étape de la pensée par des clous qui la font tenir debout, par des enchaînements, comme les dents d’un engrenage, comme des pièces de puzzle, comme des crans qui permettraient à des plaques de tôle de s'ajuster pour faire un pont permettant de franchir le fleuve de l'incertitude.

Ces crampons de la pensée sont constitués de : donc, par conséquent, parce que, qui ancrent la pensée. On peut symboliquement représenter graphiquement cette succession d'enchaînements qui partent d'un point et vont vers un autre par une ligne droite

Dans la jungle des temps primitifs, comme dans le cerveau brumeux de chaque enfant, elle permet de tracer des sentiers.

Par la suite, à force de passer par le même sentier neuronique, les chemins de coordination s'imprimeront comme les traces de pas que l'on fait dans l'herbe fraîche et le cerveau gardera le souvenir pratique de ces cheminements de raison.

La pensée logique est une merveilleuse conquête de l'homme, qui explique la plupart de nos inventions et à qui nous devons tout ce qui nous entoure,

Ceci étant, la force et la puissance de la pensée logique, sa merveilleuse efficacité, son caractère rassurant, a eu tendance à occulter un mode de pensée différent, souvent opposé dans ses principes, mais complémentaire dans sa fonction.


La pensée créative emprunte un autre chemin : la pensée inventive logique cohabite avec une autre forme de pensée, qui procède d'une autre manière, et que l'on appelle la pensée intuitive.

Deux modes de pensée que l'on pourrait représenter par deux itinéraires différents permettant de parcourir un territoire donné, ou peut-être par deux plans parallèles dans une sorte de géométrie dans l'espace, où de temps à autre les plans parallèles se rencontreraient. En fait, les deux plans se frottent, se touchent, se rejoignent, et les grandes inventions sont souvent nées à la suite d'une collision de ces planètes mentales.

C’est le moment où le savant, penché sur ses éprouvettes ou sur la suite interminable de ses équations dont il ne voit pas l’issue, se met à « décrocher » pour inventer

La pensée créative a pour caractéristique de ne pas suivre la ligne droite des enchaînements dictés par la loi des causalités, mais de faire un saut, un "détour".

C'est une rebelle. Comme Christophe Colomb, pour chercher les Indes elle part à l'envers, quitte à découvrir un continent fabuleux qui n'est pas attendu.

Toutes les descriptions du processus créatif évoquent cette « sortie de route » avec des mots différents.

Pour partir à côté, ce qui est imprudent, il faut éviter de réfléchir ; on ferme les yeux, on « diffère le jugement ». On régresse à une forme de pensée enfantine, on redevient primitif, on dessine sur les murs. En faisant cela, on perd ses repères, on abandonne le fabuleux parachute que constituait la mécanique logique. Et l'on part à l'aventure en acceptant, pendant un temps, de ne pas savoir où l’on va. Souvent, parce que l'on a peur et que l’on se sent en déséquilibre, on voyage en groupe et on se tient par la main.

Cet itinéraire concurrent consiste à rompre volontairement l'enchaînement de la logique, à ignorer provisoirement la dictature des "donc", "par conséquent" pour explorer des champs plus diversifiés ne figurant pas dans le protocole de l'évidence, à accepter de produire des enchaînements incongrus ou aléatoires; à condition toutefois de revenir le moment venu à l'objectif convenu.

De même que pour aller d'un point A à un point B, plutôt que l'autoroute on peut choisir un itinéraire de déviation ou un chemin de traverse

L'itinéraire du "plan B" n'est plus une ligne droite mais une ligne en arrondi qui s'éloigne de l'horizontale puis revient, en allant collecter au passage d'autres informations.

La démarche de la créativité c'est celle d'une "pensée en arrondi".

Par rapport à la ligne droite de la logique, on considère que c'est "un détour", un processus psychologique qui a été particulièrement observé par le psychologue allemand Wolfgang Kôhler[1], dont l'étude célèbre sur les chimpanzés a été longuement commentée par Arthur Koestler[2] :




D'une manière générale, les animaux suivent la ligne droite de leur instinct. La question qui se pose est : l'animal est-il capable de faire un « détour » pour inventer une solution lui permettant d’atteindre un but (c'est-à-dire reculer, partir à l’envers) quand on met un obstacle entre lui et le but ?

(Dans le cas le plus simple, (un appât placé derrière un grillage), on s'aperçoit que le chimpanzé, le chien, l'enfant d'un an, savent faire un détour pour l'attraper et donc «d'inventer » une solution, tandis que la poule, par exemple, ne le peut pas (vous pouvez mettre un grillage entre elles et la nourriture, elles se briseront la tête sur le grillage mais elles n’auront pas « l’idée » de tourner le dos et de faire un crochet).

Citons l'expérience caractéristique d'un animal découvrant l'usage des outils, décrite par Köhler. D’autres inventions, d'autres « détours », sont encore plus complexes. La découverte de Nueva, (le chimpanzé décrit par Koestler), est celle de l'usage des outils, voici celle de la fabrication des outils. Cette fois, le héros est Sultan, le génie des chimpanzés de Köhler :

Comme l'écrit Arthur Koestler qui commente ces expériences : « Sultan, s'il avait parlé grec, aurait assurément crié Eurêka ».

Il faut savoir que l'itinéraire de la logique et l'itinéraire du détour ne sont pas concurrents, ne sont pas des ennemis mais des complices. Ces deux itinéraires des voyage ne constituent pas une alternative où l'on dirait : "on prend l'un ou bien on prend l'autre". Dans la majorité des cas on utilise "à la fois" la logique et "à la fois" le détour.

Cet itinéraire de détour n'est pas dangereux, ce n'est pas interdit, ce n'est pas une agression contre la raison mais un complément de la raison.

[1] Wolfgang Köhler. The Mentality of Apes. Londres, Pelican Books. 1957


[2] Arthur Koestler. Le cri d’Archimède. Calmann Lévy. 1964

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