La créativité
avec Guy Aznar
L’affectivité pour ’intelligence classique
Comme le note Piaget : « La relation entre l’affectivité et l’intelligence est évidente mais peut prendre plusieurs sens : « on peut vouloir dire que l’affectivité (l’émotion) intervient comme un moteur (elle stimule l’intelligence, elle la freine, elle bloque, etc…mais on peut vouloir dire, sans un second sens, que l’affectivité intervient dans les structures mêmes de l’intelligence, qu’elle est source de connaissances et d’opérations cognitives »
De même Todd Lubart écrit que : “les expériences émotionnelles permettent d’établir plus facilement des liens entre deux concepts théoriquement distants, mais émotionnellement proches”.
L’affectivité pour l’intelligence artificielle (l’I.A.)
Le Fonctionnement de l'IA Créative : Une Logique Computationnelle
L'intelligence artificielle, et en particulier les modèles génératifs (comme les modèles de langage ou les générateurs d'images), fonctionne différemment :
Apprentissage sur de Vastes Données : L'IA est entraînée sur d'immenses corpus de textes, d'images, de sons et de codes créés par des humains. Elle n'apprend pas en "ressentant" mais en analysant statistiquement les relations, les styles, les structures et les schémas présents dans ces données.
Reconnaissance et Recombinaison de Schémas : Lorsqu'on lui demande de générer quelque chose de nouveau, l'IA ne puise pas dans une "envie de créer". Elle utilise sa connaissance des schémas appris pour assembler des éléments de manière nouvelle mais statistiquement probable. Sa "créativité" est une forme de plagiat sophistiqué et de recombinaison à très grande échelle.
Absence d'Intentionnalité et de Conscience : L'IA n'a ni conscience d'elle-même, ni désir, ni émotions. Elle ne "veut" pas créer. Elle exécute une tâche en fonction d'une instruction (un "prompt") en calculant la séquence de mots ou de pixels la plus pertinente par rapport à sa formation.
Pour l'IA, la séquence est : Instruction (Prompt) → Analyse Statistique → Génération de Contenu.
Conclusion : Deux Formes de "Créativité" Incomparables
L'IA peut fonctionner et produire des œuvres qui nous semblent créatives précisément parce qu'elle simule le résultat final de la créativité humaine sans en connaître le moteur initial. Elle est un miroir extraordinairement complexe de la créativité humaine passée, capable de la réarranger de manière inédite.
On peut donc dire que :
La créativité humaine est une expression intentionnelle mue par l'affect.
La "créativité" de l'IA est une production algorithmique basée sur des données.
L'IA n'est donc pas un créateur au sens humain du terme, mais un outil de création d'une puissance inégalée, capable de générer des variations et des idées que l'humain peut ensuite affiner, interpréter et, surtout, charger d'une intention et d'une émotion bien réelles.
Mais comment la créativité peut fonctionner sans moteur ? Et si ce moteur est affectif et si l’IA n’a pas d’émotion il y a un mystère ou une incohérence ?
Le "mystère" vient du fait que nous utilisons le même mot, "créativité", pour décrire deux processus radicalement différents.
Essayons une analogie pour clarifier cela : le vol d'un oiseau et le vol d'un avion.
Le moteur de l'oiseau (Créativité Humaine) : Un oiseau vole grâce à un moteur biologique et affectif. Il a faim (besoin), il veut échapper à un prédateur (peur), il cherche un partenaire (désir). Son vol est intentionnel, animé par des millions d'années d'évolution. C'est un processus intrinsèque, vivant. L'affectivité est son carburant.
Le moteur de l'avion (Créativité de l'IA) : Un avion vole aussi, et peut-être même plus haut et plus vite qu'un oiseau. Mais son "moteur" n'a rien à voir. Il n'a ni désir de voler, ni peur de tomber. Son moteur est un ensemble de pièces mécaniques (turbines, ailes) qui exploitent des principes physiques (aérodynamisme, combustion). Il est mis en marche par un pilote (l'utilisateur qui écrit un prompt) et suit un plan de vol (l'algorithme
L'avion ne vole pas, il est fait pour voler.
De la même manière, l'IA ne crée pas, elle est faite pour générer.
Le "moteur" de l'IA n'est donc pas affectif, il est computationnel. Il se compose de trois éléments principaux :
Le Carburant : Les Données. Des milliards d'exemples de la créativité humaine (textes, images, musique) sur lesquels elle a été entraînée.
Le Mécanisme : Les Algorithmes. Des instructions mathématiques complexes pour identifier des schémas dans ces données et les recombiner de manière nouvelle et statistiquement cohérente.
Le Contact : Le Prompt de l'Utilisateur. C'est l'étincelle qui déclenche le processus. Sans cette instruction, la machine reste inerte.
L'incohérence disparaît donc si l'on admet que :
L'IA ne reproduit pas le processus de la créativité humaine (l'émotion, l'intention), mais elle est capable de simuler le résultat de cette créativité.
Elle est un imitateur prodigieux, un maître de la recombinaison, mais elle le fait sans "âme" et sans le "pourquoi" affectif qui anime l'artiste humain.
Le mystère n'est pas dans la machine, mais dans notre tendance à lui prêter des qualités humaines qu'elle ne possède pas.
Mes sources : ce texte est en partie nourri par la documentation de Wikipédia. J'ai également utilisé le livre : "Les hasard qui bouleversent la science". Marie-Noëlle Charles. Edition "Le papillon rouge", 2012; "Histoire des grands inventeurs français". Philippe Valode. Nouveau monde Edition. 2015; "Le livre mondial des inventions" Valérie-Anne Giscard d'Estaing. Editions XO. 2001; les livres de Alain Frejean : "Terre d'inventeurs", Editions Tallandier. 2000; le livre "Intuitions de génie" de Arthur I. Miller. Flammarion. 2000.
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