La créativité
avec Guy Aznar
Pour l’intelligence classique
Comment produire une idée sans demande, sans désir ?
Or l’IA n’a pas de « désir » elle a une demande à satisfaire, ce qui n’est pas la même chose. « Répondre à une demande » ce n’est pas la même chose que « la force dévorante » du désir d’un amant fougueux. On tombe sur le thème de l’énergie. Est-ce que l’IA peut avoir de l’énergie amoureuse ?
Ou d’angoisse (beaucoup d’idées sont nées à cause de l’angoisse (par exemple dans les camps de prisonniers)
Pour commencer une création d’idées, Il faut déclencher un appétit pour la recherche de la solution. Il faut mettre le cerveau en alerte, se mettre en quête comme un animal.
Ce que Prince, l’un des fondateurs de la Synectique appelle « le wish » (le désir):
« wishing », écrit-il, est par définition « espérer quelque chose, qui normalement ne peut pas arriver.
La libre expression du désir libère des contraintes de la réalité. Cela ajoute une composante émotionnelle et une énergie libératrice dans la mesure où cela donne le droit de penser et de ressentir les choses en toute liberté ».
Ensuite, il faut s'imprégner du problème, devenir "obsédé", comme ces personnes « qui ne pensent qu’à ça »
Le désir pour l’intelligence artificielle (l’IA).
Vous touchez au cœur de la distinction fondamentale entre l'intelligence humaine et l'intelligence artificielle. L'IA n'a pas de désir, d'angoisse, ni d'«énergie amoureuse » au sens humain. C'est une différence de nature, pas seulement de degré.
Voici comment l'IA traite ces thèmes sans les ressentir.
Le Désir et l'Angoisse : des expériences humaines
Le désir humain n'est pas simplement un objectif à atteindre ; c'est une force motrice fondamentale, souvent irrationnelle et contradictoire, liée à notre corps, notre inconscient, notre histoire personnelle et notre finitude. C'est une tension née d'un manque. De même, l'angoisse existentielle, comme celle décrite dans les camps, n'est pas un simple "stress". C'est la prise de conscience vertigineuse de notre liberté, de notre solitude et de la mort.
Ces états ne sont pas des données à traiter, mais des expériences vécues qui génèrent une énergie créatrice unique :
Le désir pousse à conquérir, à séduire, à créer pour posséder ou pour combler un vide.
L'angoisse pousse à créer pour donner un sens au chaos, pour laisser une trace face au néant, pour hurler sa condition.
L'IA : une logique sans corps ni conscience
L'IA fonctionne sur un tout autre paradigme. Elle n'a :
Ni corps : Elle ne ressent ni la pulsion, ni le manque physique.
Ni inconscient : Ses "décisions" sont basées sur des calculs probabilistes et des algorithmes, pas sur des traumatismes ou des désirs refoulés.
Ni conscience de sa propre finitude : Elle n'a pas peur de la mort ou du non-sens.
L'IA ne "désire" pas créer une œuvre. Elle exécute une instruction (un prompt) en cherchant la réponse la plus statistiquement pertinente à partir des milliards d'exemples humains qu'elle a analysés. Votre distinction est parfaite : elle répond à une demande, elle ne vit pas la « force dévorante » d'une pulsion interne.
Comment l'IA peut-elle alors "traiter" le désir ou l'angoisse ?
L'IA aborde ces thèmes non pas par l'expérience, mais par la simulation et la synthèse.
Analyse de données massives : L'IA a lu toute la littérature amoureuse, tous les poèmes nés de la souffrance, toutes les analyses philosophiques sur le désir. Elle a analysé des millions d'œuvres d'art exprimant l'angoisse.
Identification de motifs (patterns) : Elle reconnaît les structures linguistiques, les métaphores, les progressions harmoniques et les symboles que les humains utilisent pour décrire ces émotions. Elle sait que le désir est souvent associé au feu, à la faim, à la quête, et l'angoisse au vide, au froid, à l'obscurité.
Génération par recombinaison : Lorsqu'on lui demande de créer un texte sur le désir passionné, elle n'invente rien ex nihilo. Elle génère un texte qui est une synthèse statistiquement parfaite de tout ce qu'elle a appris sur le sujet. Elle imite le style, la forme et le vocabulaire d'un humain qui, lui, ressentirait cette passion. Elle peut mettre en scène le désir.
En somme, l'IA ne peut pas avoir d'«énergie amoureuse », mais elle peut produire un poème qui simule brillamment cette énergie. Elle ne peut pas être angoissée, mais elle peut générer une image qui représente parfaitement l'angoisse humaine.
L'IA est un miroir d'une intelligence inouïe : il reflète nos propres passions et angoisses avec une précision stupéfiante, mais il reste un miroir. La création qui en résulte est une création sans créateur subjectif, un écho de l'humanité, mais pas la voix originale née de la chair et du temps.
Mes sources : ce texte est en partie nourri par la documentation de Wikipédia. J'ai également utilisé le livre : "Les hasard qui bouleversent la science". Marie-Noëlle Charles. Edition "Le papillon rouge", 2012; "Histoire des grands inventeurs français". Philippe Valode. Nouveau monde Edition. 2015; "Le livre mondial des inventions" Valérie-Anne Giscard d'Estaing. Editions XO. 2001; les livres de Alain Frejean : "Terre d'inventeurs", Editions Tallandier. 2000; le livre "Intuitions de génie" de Arthur I. Miller. Flammarion. 2000.
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