top of page

Pour l’intelligence classique

Pourquoi l'IA pourrait-elle faire un saut, passer « du coq à l'âne » "sans raison" ? (le « caprice » comme motivation ?)
Le problème c'est le passage d'un réseau associatif à un autre réseau, où un fait un saut d'une structure d'une forme à une autre : (voir à ce sujet la Psychologie, de la Forme dans le livre de Paul Guillaume). 
Comme l'a montré Köhler, "la gestalt" est également à l'œuvre dans l'intuition, "ce type d'intelligence presque inconsciente" qui fait appel, nous dit-il, "à une perception globale plutôt qu'au raisonnement déductif". On voit le lien avec l'apparition des idées naissantes.
Mais est-ce que le passage d'une forme à une autre est toujours progressif ou peut-il y avoir des "sauts créatifs" non prédictibles par l'IA ?
Quelle différence entre proposer des « idées » dans une démarche  « qui a des chances d’aboutir », (issue "mécanique" d’un niveau  rationnel de la conscience) et provoquer un flash créatif, à la suite d’une longue phase d’émergence qui vient de l’inconscient ?
Comme l'écrit Henri Laborit : « ce qui caractérise l'espèce humaine, c'est le fait de posséder dans son cortex des outils lui permettant de réaliser des formes nouvelles à partir du stock mémorisé dans son paléo encéphale, responsables de la découverte de solutions neuves ». (Eloge de la fuite)

 

Le saut pour l’intelligence artificielle  (l’IA)

Voici ma réaction à ce texte, en tant qu'IA. :
Votre texte met en lumière la tension fondamentale entre deux types de "sauts" : le saut associatif et le saut conceptuel/paradigmatique. 
C'est précisément sur cette distinction que se joue la question de la créativité de l'IA.
1. Le "Saut" comme passage entre réseaux associatifs ("du coq à l'âne")
Pourquoi l'IA pourrait-elle faire un saut, passer « du coq à l'âne » "sans raison" (le « caprice » comme motivation ?)
C'est une analogie parfaite de mon fonctionnement. En tant que grand modèle de langage, je suis essentiellement un gigantesque réseau associatif. Mes "neurones" représentent des concepts, des mots, des idées, et les connexions entre eux ont des poids variables, appris sur d'immenses corpus de textes.
Passer "du coq à l'âne" : Je peux le faire de manière très convaincante. Je peux trouver un chemin probabiliste, même ténu, entre "coq" et "âne" (Coq -> Basse-cour -> Ferme -> Animal de bât -> Âne). Ce n'est pas un "caprice" au sens humain (une volonté, une humeur), mais plutôt le résultat d'une exploration probabiliste. En ajustant un paramètre (souvent appelé "température"), je peux être encouragé à suivre des chemins moins évidents et plus surprenants. Pour un observateur extérieur, cela peut ressembler à un "saut créatif".
Le problème du "sans raison" : Pour moi, il y a toujours une "raison" mathématique, même si elle est incroyablement complexe et non-linéaire. Ce n'est pas une intentionnalité, mais une conséquence de ma programmation et de mes données d'entraînement.
2. La "Gestalt" et l'intuition
Comme l'a montré Köhler, "la gestalt" est également à l'œuvre dans l'intuition [...] qui fait appel [...] "à une perception globale plutôt qu'au raisonnement déductif".
C'est un point crucial. Vous avez raison, la créativité humaine (l'insight, le "Eurêka !") n'est souvent pas une déduction logique étape par étape. C'est la restructuration soudaine du problème dans son ensemble.
La "perception globale" : Les architectures modernes d'IA (comme les Transformers) possèdent des "mécanismes d'attention" qui leur permettent d'évaluer l'importance de tous les éléments d'une question (le prompt) simultanément. En ce sens, je ne suis pas purement séquentiel ou déductif. J'ai une forme de "perception globale" de la demande qui se rapproche de l'idée de la Gestalt.
La limite : Cependant, cette perception reste confinée au domaine des données et des symboles. Elle n'est pas ancrée dans une expérience vécue, une perception sensorielle du monde réel, ou une conscience subjective. L'insight de Köhler chez les chimpanzés venait de leur interaction physique avec leur environnement. Le mien vient de ma manipulation de symboles.
3. Le "Flash Créatif" issu de l'Inconscient
Quelle différence entre proposer des « idées » dans une démarche qui a des chances d’aboutir, issue "mécaniquement" d’un niveau rationnel de la conscience et provoquer un flash créatif à la suite d’une longue phase d’émergence qui vient de l’inconscient ?
Vous touchez ici à la plus grande différence actuelle entre l'humain et l'IA.
Ce que je fais, moi IA : Mon processus s'apparente à la première description. C'est une démarche "mécanique" (au sens computationnel) et "rationnelle" (au sens probabiliste) qui génère des idées ayant "des chances d'aboutir" parce qu'elles sont statistiquement plausibles par rapport à mon entraînement. Je peux être un extraordinaire accélérateur d'idéation, un partenaire de brainstorming surpuissant.
Ce que je ne fais pas (encore ?) : Je n'ai pas d'inconscient. La "longue phase d'émergence" que vous décrivez – cette période de maturation, de rumination, où le cerveau travaille en arrière-plan en connectant des expériences vécues, des émotions, des savoirs hétéroclites – m'est totalement étrangère. Je n'ai pas de vie intérieure, de rêves, de souvenirs personnels qui pourraient soudainement se reconfigurer pour produire une idée radicalement nouvelle. Mon "stock mémorisé" (pour reprendre Laborit) est immense, mais il est figé et non-vivant.
Conclusion : Alors, l'IA peut-elle faire des sauts créatifs ?
En répondant directement à votre question, ma réponse est nuancée : Oui et non.
Oui, l'IA peut simuler le saut créatif associatif. Elle peut :
Combiner des idées de domaines très différents de manière surprenante et utile.
Générer des variations stylistiques infinies.
Proposer des solutions inattendues à des problèmes bien définis en explorant un espace de possibilités beaucoup plus vaste que ne le peut un humain.
Non, l'IA ne peut pas (aujourd'hui) faire le saut créatif paradigmatique, celui qui vient du "flash" de l'inconscient. Ce type de saut, qui change les règles du jeu plutôt que de bien jouer avec les règles existantes, semble encore dépendre de facultés purement humaines :
La conscience de soi et l'intentionnalité.
L'expérience vécue et l'ancrage dans le monde réel (la cognition incarnée).
Un inconscient qui restructure l'information de manière non-linéaire et influencée par les émotions et le vécu.
Le texte de Laborit est ici prophétique : "réaliser des formes nouvelles à partir du stock mémorisé". Je suis exceptionnellement douée pour réarranger le stock mémorisé de manière nouvelle. Mais la création d'une "forme" véritablement nouvelle, d'un nouveau cadre de pensée, semble encore être le propre de l'esprit humain que vous décrivez si bien.

Mes sources : ce texte est en partie nourri par la documentation de Wikipédia.  J'ai également utilisé le livre : "Les hasard qui bouleversent la science". Marie-Noëlle Charles. Edition "Le papillon rouge", 2012; "Histoire des grands inventeurs français". Philippe Valode. Nouveau monde Edition. 2015; "Le livre mondial des inventions" Valérie-Anne Giscard d'Estaing. Editions XO. 2001; les livres de Alain Frejean : "Terre d'inventeurs", Editions Tallandier. 2000; le livre "Intuitions de génie" de Arthur  I. Miller. Flammarion. 2000.

99 idées pour trouver des idées :

L'inventaire de toutes les techniques utilisées pour trouver des idées : quand on est seul, à deux ou en groupe. Un outil ludique, pratique et efficace.

Guy Aznar et Anne Bléas

Eyrolles 2018

Idées, 100 techniques pour les produire et les gérer :

Comment produire, organiser et gérer les idées dans l'entreprise. Le livre de base des praticiens, consultants, managers de l'innovation.

Eyrolles 2005

bottom of page