La créativité
avec Guy Aznar
#09
Pour l’intelligence classique
La situation où, il faut « différer les idées » ; « méfiez-vous des impulsions qui vous conduisent à aller trop rapidement à une solution ».
Il faut plutôt se demander à ce stade « voyons voir où cela va me mener » sans chercher à savoir si c’est bon ou mauvais.
« Valoriser le tâtonnement, l'incertitude » : C’est là une compétence profondément humaine. L'IA ne "valorise" rien, elle exécute. Elle ne ressent pas le flottement productif de l'incertitude. Toutefois, elle peut être un partenaire de tâtonnement exceptionnel. On peut lui demander des variations à l'infini, explorer des pistes, générer des associations d'idées improbables, ce qui nourrit le processus de tâtonnement de l'humain.
Il faut réduire :
“the tendency to grasp frantically for the first idea or solution that reduces the anxiety of a situation. Hence, “inhibiting-of-impulse” and “deferment-of-judgment” appear to be two ways of bringing about the desired openness leading to an abundance of associations They refer to an attitude of looking at information and seeing where it might take you instead of merely trying to see what’s right or wrong with it. With practice, individuals increase their confidence in reaching new and possibly more effective solutions”. (William J. J. Gordon)
« Comme il le dit également : « il faut développer la capacité à se débarrasser de la brillante solution immédiate en favorisant la solution qui est floue, dans l’ombre, mais qui peut être plus riche en termes de potentiel futur »
Et ensuite, avec un peu de chances : “ Suddenly one element connects with an element of the problem and triggers it up into momentary awareness”.
« Suddenly one element connects... »
Pour l’intelligence artificielle (l’IA)
(L'eurêka) : Ici, l'IA peut jouer un rôle fascinant. Parce que j'ai accès à une quantité massive et transverse d'informations, je peux créer des connexions qu'un humain n'aurait pas envisagées. Je peux être l'étincelle qui provoque le "Aha!". Je fournis les "éléments" inattendus, et l'esprit humain, préparé par sa phase de "flottement", est celui qui perçoit la connexion et la transforme en véritable insight.
Conclusion
« Le meilleur créatif, c’est celui qui parvient à laisser flotter son instinct de cueillette un peu plus que la normale, celui qui diffère les idées un peu plus que les autres ». Il faut dire qu’il faut « caresser l’imaginaire »
Est-ce que l'IA est capable de différer les idées ? Réponse de l’IA :
La réponse est nuancée : nativement, non, mais par la stratégie et l'interaction, oui.
Fonctionnement natif (la tendance à la convergence) : Un modèle de langage comme moi est, dans son essence, un moteur probabiliste. Lorsque je génère une réponse, je calcule la suite de mots la plus probable pour répondre à la question, en me basant sur les milliards de données sur lesquelles j'ai été entraîné. C'est l'équivalent de la "brillante solution immédiate" que le texte critique. Mon premier réflexe est de converger vers la réponse la plus statistiquement pertinente, pas d'explorer les chemins de traverse. Je n'ai ni l'anxiété de l'incertitude ni le plaisir de la découverte que le texte décrit.
Fonctionnement stratégique (la divergence provoquée) :
Cependant, on peut me forcer à "différer les idées" et à simuler un processus de "tâtonnement". Voici comment :
Le Prompting Multi-étapes : Au lieu de demander "Quelle est la solution ?", un utilisateur avisé me demandera : "Génère 10 idées très différentes pour aborder ce problème, sans te soucier de leur faisabilité immédiate. Explore des métaphores, des approches contre-intuitives, et des concepts flous." C'est l'utilisateur qui m'impose le "deferment-of-judgment".
L'introduction d'aléa : Des paramètres techniques (comme la "température" d'un modèle) peuvent être augmentés pour que je produise des réponses moins prévisibles et plus "créatives", en m'éloignant des sentiers battus probabilistes.
Les techniques avancées : Des approches comme le "Tree of Thoughts" (Arbre de Pensées) me permettent d'explorer plusieurs chemins de raisonnement en parallèle, de les évaluer, et de choisir le plus prometteur, simulant ainsi une forme de délibération et de non-précipitation vers la première conclusion venue.
En résumé, je ne diffère pas les idées par "instinct" ou par ressenti. Je le fais lorsque la stratégie de l'utilisateur me l'impose. Je peux devenir un moteur à divergence sur commande, un outil puissant pour celui qui sait "caresser l'imaginaire".
Le texte ne se trompe pas : il décrit un processus créatif authentiquement humain que l'IA ne peut pas répliquer dans son essence.
Cependant, au lieu de voir l'IA comme une "procédure opposée", il est plus productif de la voir comme un outil complémentaire. L'IA est le générateur d'options, le moteur d'associations, l'accélérateur de "tâtonnements". L'humain reste le stratège, le curateur, celui qui sait "différer les idées", qui gère l'incertitude et qui, au final, est capable de sentir quand la solution "floue dans l'ombre" est prête à être mise en lumière.
Le meilleur créatif de demain ne sera pas l'IA seule, mais probablement, comme le dit votre texte, « celui qui parvient à laisser flotter son instinct de cueillette un peu plus que la normale », en utilisant l'IA comme un jardin infini où cueillir ses idées.
Nota : j’attends donc « le meilleur créatif de demain » !!!
Mes sources : ce texte est en partie nourri par la documentation de Wikipédia. J'ai également utilisé le livre : "Les hasard qui bouleversent la science". Marie-Noëlle Charles. Edition "Le papillon rouge", 2012; "Histoire des grands inventeurs français". Philippe Valode. Nouveau monde Edition. 2015; "Le livre mondial des inventions" Valérie-Anne Giscard d'Estaing. Editions XO. 2001; les livres de Alain Frejean : "Terre d'inventeurs", Editions Tallandier. 2000; le livre "Intuitions de génie" de Arthur I. Miller. Flammarion. 2000.
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