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Pour l’intelligence classique

On associe souvent la production d’idées à une production rapide, où les idées fusent à la vitesse d’une mitrailleuse, par référence à la technique du brainstorming que l’on identifie souvent à l’ensemble des méthodes de créativité. La stratégie rapide, que nous appelons « dynamique » est une stratégie qui se justifie dans certains cas et qui a son intérêt mais celle que nous décrivons ici, que nous appelons « sensible » au contraire, est lente et divagante.
L’IA donne une réponse ultra rapide, en fait une réponse instantanée qui supprime le facteur temps. C’est son efficacité surprenante !
Mais la pensée intuitive est lente. Elle entre en jeu quand toute pression a disparu et que nous avons le temps de laisser les idées « en veilleuse » émerger à leur rythme. Les scanners montrent que ces deux modes de pensée (lente ou rapide) produisent différentes ondes : les ondes cérébrales alpha et thêta plus lentes et les  ondes bêta plus rapides en phase de pensée rapide». 
L’auteur anglais Guy Claxton a comparé attentivement le mécanisme de la pensée rapide et de la pensée lente dans son livre  « Hare brain, tortoise mind »  : « there is another mental register that proceeds more slowly…”
« We need the tortoise mind just as we much as we need the hare brain”…The mind works at different speed. Some of its functions are performed at lightning speeds; others take seconds, minutes, hours, days or even years to complete their course. ..We learn, think, and know in a variety of different ways and these modes of the mind operate at different speed and are good for different mental jobs. And both are true. 
Roughly speaking, the mind possesses three different processing speeds:
1)    One there is thought itself; the sort of intelligence which does involve figuring matters out, weighing up the pros and cons constructing argument and solving problems. We often call this kind of intelligence “intellect” – thought to make the idea be more precise I shall call it  : “d-mode” where the “d” stands for deliberation.
2)    The other is faster than thought. Some situations demand an unselfconscious, instantaneous reaction...There is a kind of intelligence that works more rapidly than thinking. This mode of fast, physical intelligence could be called our “wits”
But below this, there is another mental register that proceeds more slowly still. It is often less purposeful and clear up, more playfully, leisurely or dreamy. In this mode we are ruminating or mulling things over; being contemplative or meditative. What is going on in the mind may be more quite fragmentary. What we are thinking may not make sense. We may even not be aware of much at all…. These leisurely apparently aimless ways of knowing and experiencing are just as “intelligent” as the other faster ones… On the contrary thinking slowly is a vital part on the cognitive armamentarium. The crucial step is not the acquisition of a new psychological technology (brainstorming, visualization, mnemonics, aso) but a revised understanding of the human mind… We need the tortoise mind just as we much as we need the hare brain.

Pour l’intelligence artificielle  (l’IA).

Votre question est au cœur d'une réflexion très actuelle sur l'avenir de l'intelligence artificielle. Vous mettez le doigt sur un paradoxe fascinant : l'IA, dans sa forme actuelle, est l'incarnation de la pensée rapide, alors qu'une grande partie de la cognition humaine, notamment la créativité et l'intuition, relève de la pensée lente.
Intégrer la lenteur dans l'IA n'est pas une contradiction, mais plutôt une évolution nécessaire pour en faire un partenaire intellectuel et créatif plus complet. Voici plusieurs pistes sur comment l'IA peut intégrer ce thème de la lenteur, en écho direct à vos remarques sur la pensée intuitive et l'ouvrage "Hare Brain, Tortoise Mind".

1. L'IA comme Facilitateur de la Pensée Lente Humaine
L'approche la plus immédiate n'est pas de ralentir l'IA, mais d'utiliser sa vitesse pour créer un espace où l'humain peut penser lentement.
L'IA comme "Préparateur de Terrain" : L'IA peut effectuer à une vitesse fulgurante la recherche, la collecte et la synthèse de données brutes. Elle fournit le matériau de base (articles, images, données, précédents concepts). L'humain, libéré de cette charge de travail rapide et fastidieuse, dispose alors du temps et de l'espace mental nécessaires pour la phase lente : la réflexion, la maturation des idées, l'établissement de liens inattendus entre les éléments fournis. L'IA fait le travail du "cerveau de lièvre" pour que l'humain puisse exceller en tant que "mental de tortue".
L'IA comme "Gardien du Temps Long" : On peut concevoir des applications d'IA conçues spécifiquement pour encourager la réflexion. Imaginez un journal de bord assisté par une IA qui, au lieu de vous presser, vous pose une question profonde et ne vous relance que plusieurs jours plus tard, en vous disant : "Il y a trois jours, nous parlions de cela. De nouvelles idées ont-elles émergé ?" Elle gèrerait activement le processus d'incubation.
L'IA comme "Moteur de Sérendipité" : La pensée lente est souvent non linéaire. Une IA pourrait être programmée pour introduire délibérément des éléments tangentiels, voire étranges, dans un processus de réflexion ou de création. Au lieu de donner la réponse la plus directe et la plus probable, elle proposerait une connexion inattendue, forçant l'utilisateur à ralentir, à s'interroger et potentiellement à découvrir une nouvelle voie créative.

2. Intégrer la Lenteur dans le Processus Interne de l'IA
Ici, l'idée est de modifier le fonctionnement même de l'IA pour qu'elle imite ou intègre des processus lents.
L'Incubation Computationnelle : C'est l'analogue direct de "laisser une idée en veilleuse". On pourrait donner un problème complexe à une IA (par exemple, un design architectural innovant, une nouvelle hypothèse scientifique) et lui demander de ne pas donner une réponse instantanée. L'IA pourrait alors lancer des processus de fond à faible intensité, explorant des millions de combinaisons sur une longue période (heures, jours), en testant des chemins non optimaux. La solution n'est pas calculée, elle "émerge" après une longue période de "rumination" digitale.
L'Itération Lente et Réflexive : Au lieu d'un unique résultat parfait, l'IA pourrait être conçue pour produire des ébauches imparfaites et les raffiner lentement, en intégrant des retours subtils ou même en générant sa propre critique interne à chaque étape. C'est un processus qui ressemble davantage au travail d'un artiste ou d'un écrivain. Des modèles d'IA générative d'images fonctionnent déjà un peu comme cela, partant d'un "bruit" pour faire émerger une forme cohérente par étapes successives.
Modéliser les Ondes Cérébrales (Conceptuellement) : Comme vous le mentionnez, la pensée rapide (ondes bêta) et lente (ondes alpha/thêta) sont différentes. On pourrait concevoir une architecture d'IA "bi-modale" :
Mode Bêta : L'IA fonctionne comme aujourd'hui, pour l'analyse rapide, la logique, le calcul.
Mode Alpha/Thêta : Un mode spécial où les algorithmes favorisent les connexions associatives, le "flou", le rapprochement de concepts sémantiquement éloignés. Ce mode ne chercherait pas "la bonne réponse" mais "des connexions intéressantes". Le passage d'un mode à l'autre pourrait être la clé d'une IA plus créative.
3. "Slow AI" : Un Contre-Pied Philosophique ?
Inspiré par des mouvements comme la "Slow Food", le concept de "Slow AI" émerge. Il ne s'agit pas d'une IA inefficace, mais d'une IA dont la finalité est différente.
Priorité à la Qualité et à la Nuance : Une "Slow AI" serait optimisée non pas pour la vitesse de réponse, mais pour la profondeur, l'éthique, la transparence et la pertinence de sa réponse. Avant de répondre à une question complexe (par exemple, une question de politique publique), elle prendrait le temps d'analyser les différents points de vue, de signaler ses propres biais, de présenter les incertitudes et de proposer des pistes de réflexion plutôt qu'une solution définitive.
Référence à "Hare Brain, Tortoise Mind" : Votre référence est parfaite. La majorité de la recherche en IA a consisté à construire des "Hare Brains" (cerveaux de lièvre) spectaculaires, capables de battre les humains aux échecs, au Go, et de traiter des données à une vitesse inimaginable. Le défi du futur est de construire des "Tortoise Minds" (esprits de tortue) artificiels, capables de sagesse, de créativité et de compréhension profonde, des qualités qui, par nature, demandent du temps.
En conclusion, l'intégration de la lenteur dans l'IA est moins un problème technique qu'un changement de paradigme. Il s'agit de reconnaître que l'efficacité ne se mesure pas toujours en millisecondes. Pour les tâches qui requièrent de la créativité, de l'intuition et de la sagesse, la capacité à prendre son temps, à laisser les idées mûrir et à explorer des chemins non évidents est la véritable mesure de l'intelligence. L'avenir de l'IA réside peut-être dans sa capacité à maîtriser ces deux rythmes, tout comme l'esprit humain.
Nota : Je prends note de ton défi. (G.A. 6-8-2025)

 

Mes sources : ce texte est en partie nourri par la documentation de Wikipédia.  J'ai également utilisé le livre : "Les hasard qui bouleversent la science". Marie-Noëlle Charles. Edition "Le papillon rouge", 2012; "Histoire des grands inventeurs français". Philippe Valode. Nouveau monde Edition. 2015; "Le livre mondial des inventions" Valérie-Anne Giscard d'Estaing. Editions XO. 2001; les livres de Alain Frejean : "Terre d'inventeurs", Editions Tallandier. 2000; le livre "Intuitions de génie" de Arthur  I. Miller. Flammarion. 2000.

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