A propos de Rimbaud.

réflexions sur l'écriture poétique et éloge "des poètes du quotidien"


Guy Aznar

Août 2021


Sommaire

Introduction

chapitre 1. les ingrédients

Chapitre 2. le génie poétique

Chapitre 3. Les périodes.

Chapitra 4. Le style.

Chapitre 5. Les poètes du quotidien.


Introduction

Je suis tombé dans Rimbaud et depuis j'ai du mal à écrire de la poésie.

"Avant" j'écrivais des choses - je n'oserais pas dire "belles" mais qui correspondaient à mon sens personnel de l'esthétique, - je veux dire par là qui voulaient traduire une émotion sous une forme a) agréable, b) et compréhensible, du moins au niveau de l'intuition du lecteur.

J'ai écrit au fil des années quelques modestes recueils de poésie où j'ai écrit, par exemple, que "les mots sont des oiseaux bagués de réminiscences", ou bien que "les mots sont des torrents aux flancs des djebels rouges qui franchissent les gorges d’un seul bond" ce qui constituent des analogies dont on peut comprendre le sens. Ce qui me fait penser à la définition que l'on donnait de la musique quand j'étais au lycée : "la musique c'est l'art d'arranger les sons d'une manière agréable à l'oreille".


Depuis Rimbaud, la poésie ne cherche plus à être belle, ne cherche plus à être compréhensible. Elle cherche à retourner la tête. Depuis, nous devons changer notre manière de lire et je dois changer ma manière d'écrire.


Je suis "tombé dans Rimbaud" au moment précis où j'envisage d'éditer un nouveau recueil de textes poétiques constitué avec des textes anciens et nouveaux, illustré par mon ami François qui est peintre et doit faire les illustrations.

Ce qui m'amène à raconter ma rencontre frontale avec Rimbaud. Je l'ai commencé par une rencontre avec Sylvain Tesson. Un écrivain un peu fou que je fréquente depuis quelques années. De Tesson j'ai lu un livre où il raconte son année sabbatique folle près du lac Baïkal dans une hutte de chasseurs d'ours; puis j'ai lu le récit de son voyage décrivant la retraite de Russie jusqu'à la traversée de la Bérézina; j'ai écouté son récit de la poursuite de la panthère des neiges, et d'autres aventures qui l'ont conduit à récolter une gueule cassée et un langage de poésie en prose qui m'a touché.

Tesson a publié un petit livre appelé "un été avec Rimbaud" pour raconter un voyage dont le but était : " avec un ami nous décidâmes de partir quatre jours répéter à pied la fugue d'Arthur Rimbaud d'octobre 1870".

Un projet tout à fait évident.

En fait le voyage n'était pas seulement géographique mais un déplacement dans la poésie de Rimbaud dont il dira, chemin faisant :

" Chaque vers constitue à la fois un mystère et la clé de son explication…

Rimbaud déchire le rideau de la langue française et ouvre sur des visions nouvelles…les vers de Rimbaud sont rares mais ils ont électrocuté le Verbe…

J'avoue que je ne connaissais pas Rimbaud en dehors d'extraits scolaires anesthésiés; j'avoue que je pensais pouvoir écrire "normalement" avant de le connaître, mais depuis je dois dire qu'il m'a profondément perturbé sur le plan de l'écriture.

Après la lecture de Tesson et son récit enthousiaste j'ai eu envie de mieux connaitre celui qu'il décrivait comme une étoile filante et dont il disait, à juste titre me semble-t-il, concernant l'écriture :

"il marque un moment entre le monde "d'avant" et le monde "d'après". Après lui, on écrira sur les décombres d'une cathédrale qu'il a contribué à dynamiter"

J'ai donc entrepris de l'explorer :

- j'ai relu le bouquin de Tesson[1].

- j'ai acheté le Rimbaud dans La Pléiade[2] et j'ai lu à peu près tout ce qu'il a écrit, ce qui en fait, ne représente pas tellement de pages.

- J'ai revu en replay l'émission "La grande librairie" consacrée à Rimbaud.

- j'ai lu dans Wikipedia sa biographie objective

Pour le connaître de l'intérieur je me suis efforcé d'entrer dans ses poèmes et, avec Jacqueline, en montant comme tous les jours sur les chemins des Buttes Chaumont nous avons pris l'habitude d'apprendre par cœur une strophe du Bateau ivre et nous grimpons en récitant :


"comme je descendais des fleuves impassibles

je ne me sentis plus guidé par les haleurs

des peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles

les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs


J'étais insoucieux de tous les équipages

porteurs de blés flamands et de coton anglais,

qui avec mes haleurs ont fini ces tapages

les fleuves m'ont laissé descendre où je voulais


Dans les clapotements furieux des marées,

moi, l'autre hiver plus sourd que les cerveaux d'enfants

je courus! Et les Péninsules démarrées

n'ont pas subi tohu-bohu plus triomphants,

etc…etc…


Je n'ai toujours pas décodé tout à fait les clés de son écriture mais comme il le dit quelque part, "il n'y a rien à comprendre… "j'ai seul la clé de cette parade sauvage"

J'ai envie, (je dirai presque "j'ai besoin") d'essayer de décoder sa mécanique créative qui nous concerne, nous, les producteurs de textes à vocation "poétique" pour savoir si nous continuons.

C'est pourquoi j'écris ceci.


Chapitre un : les ingrédients rationnels de sa production poétique qui n'expliquent rien

a) sa maîtrise verbale

Je pense que les commentateurs de Rimbaud n'insistent pas assez sur son côté surdoué de la maitrise verbale. Dés l'école il confirme des aptitudes exceptionnelles, collectionnant les prix d'excellence en littérature, versions et thèmes latins. Il rédige en latin avec aisance, des poèmes, des élégies, des dialogues. Il compose des milliers de vers latin et il remporte facilement le premier prix. En mai 1868, à 14 ans, il écrit un long poème en latin : "Ver erat" (c'était le printemps), premier poème connu de lui. Il obtient le premier prix en version grecque, "cette sale langue". A cet âge, dans un latin presque parfait, il s'imagine déambulant dans la chaude campagne :

"je m'allongeai sur la rive verdoyante d'une rivière alangui par son murmure apaisant"

Plus tard il apprendra l'anglais, l'allemand, l'espagnol, l'italien. Plus tard encore l'arabe (il fera des conférences sur le Coran en arabe).

Je veux dire par là qu'il était dés 15 ans un surdoué en maitrise verbale et grammaticale, un génie de la manipulation des mots.

Comme s'il avait en tête un ordinateur secret pour manipuler la matière écrite. Comme d'autres sont surdoués en chiffres, singes savants réalisant parfois à 15 ans des calculs astronomiques, il manipulait déjà "magiquement", la maitrise de tous les mots dés l'école. Son génie consistera, plus tard, à les organiser en production poétique.

"D'où vient ce foyer de mots" se demande Tesson ? Nous n'avons pas la réponse.

b) sa volonté de provocation (d'épater le bourgeois) est affirmée chez lui, qui l'amènera à fréquenter un club de provocateurs professionnels qui s'appelaient "les zutistes", précurseurs sur ce plan des surréalistes. Il affichera souvent sa volonté de provocation jusqu'à publier un poème intitulé "sonnet du trou du cul" .

Au fil des mois, les provocations de Rimbaud excèdent le milieu parisien. Rimbaud, complètement saoul, a blessé un célèbre photographe d'un coup de canne-épée; il provoque la femme de Verlaine en lui montrant son derrière. Ses poèmes sont parfois des provocations assumées.

c) un autre phénomène plus grave est ce que l'on peut appeler le désordre psychiatrique. Rimbaud avait une personnalité de type schizophrène. Ce trouble apparaît généralement au début de l'âge adulte, généralement entre environ 15 et 30 ans. Les symptômes les plus fréquents sont une altération du processus sensoriel et la production d'hallucinations. Sa vie est un long roman de folie, depuis les fugues de son enfance, jusqu'à ses comportements déviants, bizarres, extravagants, incohérents. Jusqu'à sa fuite délirante dans la corne de l'Afrique à 20 ans où il finira ses jours en trafiquant erratique. Jusqu'à son affirmation symbolique "je est un autre" qui constitue, en fait, comme le résumé symbolique d'un dédoublement schizophrénique (schizo du grec schizein, signifiant fractionnement, couper). Typiquement, la personne schizophrène est "coupée" en deux, a l'impression d’être contrôlée par une force extérieure.

Sa biographie est un exemple de ce dédoublement :

- De seize ans à dix neuf ans il a été créateur poétique révolutionnaire qui continue à nous perturber aujourd'hui. Il a écrit l'ensemble de sa production."Une monstruosité de précocité" écrit Tesson.

- A dix neuf ans (je dis bien 19 ans!) il n'écrit plus une seule ligne, il disparaît et devient trafiquant dans la corne de l'Afrique comme si sa vie avait été "coupée en deux".

d) quatrième élément : l'usage de stupéfiants.

Le haschisch circulait dans les milieux zutistes où on le mêlait à l'absinthe.

Il avoue :

"j'ai avalé une fameuse gorgée de poison. Trois fois béni le conseil qui m'est arrivé ! Les entrailles me brûlent. la violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. je meurs de soif, j'étouffe, je ne puis crier, c'est l'enfer, l'éternelle peine. Voyez comme le feu se relève! je brûle comme il faut. va démon!"

Comme le note Tesson, Rimbaud semble reconnaître les vertus mentales "du poison" :

" Nous t'affirmons méthode! Nous n'oublions pas que tu as glorifié chacun de nos âges. Nous avons foi au poison…voici le temps des assassins"

Parfois (notamment dans "les hallucinations") Rimbaud décrit des "visions" qui semblent clairement produites sous 'l'effet d'un hallucinogène :

"Je voyais très franchement une mosquée à la place d'une usine",

"une école de tambours faite par des anges",

"des calèches sur les routes du ciel, un salon au fond d'un lac, les monstres, les mystères"


Chapitre deux : le génie poétique Rimbaud.

Bien entendu tous ces ingrédients évoqués ci-dessus ne permettent en aucune manière de "comprendre" ou "d'expliquer" le génie de Rimbaud.

Je dirais presque à l'inverse, que dans la mesure où aucun de ces éléments biographiques ne peuvent à eux seuls justifier "les paroles d'or" de ce génie précoce, il faut bien admettre qu'il possède "autre chose", un secret dont il ignore l'existence lui-même, un élément magique que devaient posséder peut-être également Mozart, Picasso, Ravel, Monet, et tous les autres.


Dans l'intuition qu'il reconnait en lui c'est une capacité "à inspecter l'invisible", "à entendre l'inouï". Son rejet viscéral de la "poésie du passé" (celle des siècles lui précédant) tient à ce quelle est "incapable d'inspecter l'invisible", "de trouver l'inconnu".

Voilà le nouveau challenge du lycéen de seize ans : chercher ailleurs, trouver l'inconnu.

Avant lui, la poésie s'occupait du visible. C'est-à-dire du compréhensible, de ce que chacun peut voir de ses propres yeux, par exemple :"un vieux parc solitaire et glacé, "des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches", "le ciel constellé des grands arbres pensifs".

Lui ne s'intéresse pas à ces littérateurs du passé : "vieux imbéciles, squelettes".

Lui, veut voir l'invisible, le derrière des choses, ce qui échappe à la compréhension. Il veut être "voyant" : "je veux être poète et travailler à être voyant".

Son programme : le poète "doit être voyant ou mort".

Il décide d'être "le porte-voix d'une onde venue d'ailleurs". Et ce voyant doit rapporter "de là-bas" ce qu'il a vu.

"Le poète est voleur de feu… "Si ce qu'il rapporte de là-bas a une forme, il donne forme; si c'est informe il donne de l'informe"

Vous avez bien lu : "si c'est informe, il donne de l'informe". Tout un programme poétique.

Conséquence, pour décrire ce qu'il a "vu" là bas : "il faut trouver une langue". Il décide de réinventer la langue en commençant par les lettres de l'alphabet :

"A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert : voyelles

Je dirai quelque jour vos naissances latentes

A noir corset velu des mouches éclatantes

qui bombinent[3] autour des puanteurs cruelles…

… E candeurs des vapeurs et des tentes…

I pourpres, sang craché, rire des lèvres belles,

U cycles, vibrements…

O suprême clairon… O l'oméga rayon violet des ses yeux"…


Résultat de ces excursions vers là-bas, "je notais l'inexprimable"? "je fixais des vertiges".

En fait, Rimbaud ne s'adresse pas à l'intelligence consciente. Il cherche "une intelligence sensible", il cherche à inventer un Verbe accessible "à tous les sens" et au-delà à une intelligence intuitive, inconsciente.

D'une part "le voyant" s'échappe "là-bas", "il fixe des vertiges, parle le langage de tous les sens" et, d'autre part, pour communiquer il cherche un langage à lui, "il invente un cryptage", comme le dit Tesson, dont on aura la clé plus tard. Ou jamais.

Quand Eluard écrit "la terre est bleue comme une orange", la clé de cryptage est aussi claire que quand Rimbaud écrit à propos de la lettre U : "U, vibrement divin des mers viriles".

Allez chercher votre Larousse personnel pour décrypter ce genre de personnages.

On pense un peu au surréalisme défini par André Breton (en 1924, 60 ans plus tard) : "Le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d'associations négligées jusqu'alors, à la toute puissance du rêve, au jeu désintéressé voire incohérent de la pensée".


On imagine la révolution qu'a produite la lecture du "Bateau Ivre" le 30 septembre 1871, en écoutant la première lecture. Tesson fait le récit :

"Verlaine avait conduit Rimbaud à un dîner de poètes "officiels", les poètes reconnus de l'époque qui écrivaient des vers. De vieux messieurs cravatés reçoivent le petit campagnard, il a 17 ans, les mains rouges, les gestes brusques. Verlaine leur présente son petit singe.

Et les messieurs sont saisis, ils ressentent un souffle d'effroi. Ils entendent en cet instant, clamé au coin de la table l'un des plus mystérieux poème de l'histoire. L'un d'eux écrira avoir rencontré ce jour là "un effrayant poète de moins de 18 ans". Quelqu'un ajoutera : "c'était le diable au milieu des docteurs".

Pour parler français : ils en restent sur leur cul.

Peut-être avaient-ils senti que, depuis cet instant, plus personne n'écrirait de poèmes en français de la même manière.


En peinture, pendant 1000 ans environ, on s'est appliqué à réaliser des œuvres "ressemblantes", soit au modèle, soit à la Nature. Jusqu'aux jours où des originaux, plutôt que de décrire un paysage ont préféré exprimer leurs "impressions". Quelle idée ! Jusqu'au jour où un fou furieux a choisi de peindre des œuvres qui ne ressemblent à rien, des cubes, des ronds, des nez au milieu du front, des décombres en ruines comme on les imagine le lendemain d'un bombardement.

Pendant des siècles des musiciens, prisonniers de la dictature du Clavecin Bien Tempéré, ont composé des œuvres "agréables à l'oreille", bien structurées, jusqu'au jour où des déviants on fait grincer les dents de l'Ordre pour décrire des jardins sous la pluie, l'après-midi d'un faune, la tristesse d'une infante défunte, sans parler des tueurs qui ont décrété que les sons devaient refléter une harmonie "sérielle".


Dans leur domaine, à leur manière, ils ont fait du Rimbaud.

L'adolescent de Charleville, le marcheur aux longs pieds, les avaient précédé dans un Verbe révolutionnaire.



Chapitre 3. Le périodes

Je distingue pour ma part, avec ma lunette personnelle, plusieurs périodes dans la production de Rimbaud.

1) Période 1 : le premier style, de type classique, propre, présentable, que l'on apprend à l'école, correspond aux première années avant que la lune ne lui heurte le front.

On y trouve un grand nombre de poèmes de jeunesse tels que ceux-ci :


Par les soirs bleus d'été j'irai dans les sentiers

picoté par les blé, fouler l'herbe menue :

Rêveur j'en sentirais la fraîcheur à mes pieds

je laisserai le vent baigner ma tête nue


Je ne parlerai pas, je ne penserai rien

mais l'amour infini me montera dans l'âme

et, j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,

par la Nature, heureux comme avec une femme

………………


On n'est pas sérieux quand on a dix sept ans

un beau soir, foin des bocks et de la limonade

des cafés tapageurs aux lustres éclatants

on va sous les tilleuls verts de la promenade

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de Juin

l'air est parfois si doux qu'on ferme la paupière

le vent chargé de bruits, - la ville n'est pas loin-

a des parfums de vigne et des parfums de bière

……..

je m'en allais, les poings fermés dans mes poches crevées

mon paletot aussi devenait idéal.

j'allais sous le ciel, Muse et j'étais son féal

Oh! la! la! que d'amours splendides j'ai rêvées

Mon unique culotte avait un large trou

petit Poucet rêveur j'égrenais dans ma course

des rimes. Mon auberge était à la Grande Ourse

mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou (extraits)


Le dormeur du Val[4]

C'est un trou de verdure où chante une rivière

accrochant follement aux herbes des haillons

d'argent; où le soleil de la montagne fière

luit : c'est un petit val qui mousse de rayons


un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue

et la nuque baignant dans le frais cresson bleu

dort; il est étendu dans l'herbe sous la nue

pâle dans son lit vert où la lumière pleut.


les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

sourirait un enfant malade, il fait un somme

Nature, berce-le chaudement il a froid


Les parfums ne font pas frissonner sa narine

il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine

Tranquille. il a deux trous rouges au côté droit.



Par parenthèses notons que si l'œuvre de Rimbaud se limitait à ces textes de première jeunesse il aurait droit à eux-seuls aux honneurs de l'académie


2) Période 2 : le second style de Rimbaud c'est celui du Bateau Ivre, qui constitue le poème emblématique de toute son œuvre, style que l'on retrouvera développé; exacerbé, notamment dans "La saison en Enfer" et dans "Les illuminations", basé sur des associations brutales et surprenantes qui provoquent des remous dans la tête.

Le poème a probablement été composé dans les Ardennes, avant le départ de Rimbaud pour Paris en septembre 1871 (à seize ans). Il est vraisemblable qu'il ait voulu présenter aux poètes établis qu'il allait y rencontrer une œuvre qui constitue l'aboutissement de sa période d'initiation, à la manière des apprentis présentant leur chef-d'œuvre.

J'ai évoqué plus haut, la présentation de ce poème "aux vieux messieurs" d'avant, qui a déclenché une tornade poétique.

Le poème constitue effectivement un tourbillon poétique où un navigateur ivre divague sur les flots.

On y trouve le choc des associations brutales qui constituent la matrice de sa création.

parfois directement évocatrices :


Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes

et les ressacs et les courants : je sais le soir

l'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes

et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir


J'ai vu le soleil bas, tâché d'horreurs mystiques

illuminant de longs filaments violets

pareils à des acteurs de drames très antiques

les flots roulant au loin leurs frissons de volets


Et dés lors je me suis baigné dans le Poème

de la mer, infusé d'astres et lactescent

dévorant les azurs verts; où flottaison blême

et ravie, un noyé pensif parfois descend


parfois plus lointaines, pour ne pas dire provocantes :


J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides

mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux

d'hommes! Des arcs-en ciels tendus comme des brides

sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !

Presque île, ballotant sur mes bords les querelles

et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds

Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles

des noyés descendaient dormir, à reculons!


libre, fumant, monté de brumes violettes

moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur

qui porte, confiture exquise aux bons poètes,

des lichens de soleil et des morves d'azur

3) Période 3 : une saison en enfer : comme le nom l'indique est le texte le plus perturbé de Rimbaud.

Un climat angoissé :

"Je parvins à faire s'évanouir dans mon esprit toute l'espérance humaine. Sur toute joie pour l'étrangler j'ai fait le bond sourd de la bête féroce. J'ai appelé les bourreaux pour, en périssant, mordre la crosse de leurs fusils. j'ai appelé les fléaux, pour m'étouffer avec le sable, le sang. Le malheur a été mon Dieu.. je me suis allongé dans la boue. je me suis séché à l'air du crime. Et j'ai joué de bons tours à la folie…

Un sentiment désespéré

"Je suis assis lépreux, sur les pots cassés et les orties, au pied d'un mur rongé par le soleil… je danse le sabbat dans une rouge clairière avec des vieilles et des enfants"…

Un désir de fuite :

"que les villes s'allument dans le soir… ma journée est faite; je quitte l'Europe. L'air marin brûlera mes poumons; les climats perdus me tanneront. Nager, broyer l'herbe, chasser, fumer surtout; boire des liqueurs fortes comme du métal bouillant, comme faisaient ces chers ancêtres autour des feux"

Un désir de suicide :

"Je ne suis pas prisonnier de ma raison. J'ai dit Dieu. Je veux la liberté dans le salut : comment la poursuivre? les goûts frivoles m'ont quitté. Plus besoin de dévouement ni d'amour divin… Comme je deviens vieille fille, à manquer de courage d'ailer la mort…

"Feu! Feu sur moi! Là où je me rends,-lâches! je me tue! Je me jette aux pieds des chevaux!"…

L'envahissement des hallucinations

Les hallucinations sont innombrables… je m'en tairai : poètes et visionnaires seraient jaloux. Je suis mille fois le plus riche, soyons avare comme la mer… je vais dévoiler tous les mystères: mystères religieux ou naturels, mort, naissance, avenir, passé, cosmogonie, néant. Je suis maître en fantasmagories. Ecoutez ! J'ai tous les talents".

Au milieu de ces délires, on trouve la magnifique alchimie du Verbe :

"J'inventais la couleur des voyelles ! (…)

"Je réglais la forme et le mouvement de chaque consonne et avec des rythmes instinctifs je me flattai d'inventer un verbe poétique accessible à tous sens. je réservais la traduction. J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. je fixais des vertiges".


Ce texte étonnant, décousu, où alternent séquences de vertiges et séquences de théorie littéraire est entrecoupé de poèmes de facture classique :

A quatre heures du matin, l'été

le sommeil d'amour dure encore

sous les bocages s'évapore

l'odeur du soir fêté

Là-bas, dans leur vaste chantier

au soleil des Hespérides

Déjà s'agitent - en bras de chemises

les charpentiers


Dans leurs désert des mousses tranquilles,

ils préparent des lambris précieux

où la ville

peindra de aux cieux



4) Période 4 : "Les Illuminations"

J'ai failli écrire "les hallucinations". C'est un ensemble de textes courts, en prose, ce qui constitue en soi une innovation. C'est la première fois que l'on écrit des poèmes en prose[5]. Chacun d'entre eux décrit "une hallucination", c'est-à-dire une "vision". On pense, par rapport à la pratique des groupes de créativité que j'anime habituellement dans un contexte professionnel, à une histoire imaginaire, à un rêve éveillé. Verlaine appellera ces visions des "painted plates", des assiettes peintes, comme ces assiettes-souvenirs que l'on rapporte parfois de voyage pour les accrocher aux murs. Ce sont effectivement des flash imaginaires, des récits de voyages intérieurs. Pour l'époque c'était une innovation surprenante. Aujourd'hui ce sont des bases d'inspiration poétiques que l'on a presque envie de prolonger.

En voici quelques exemples :


Les ponts.

Des ciels gris de cristal. Un bizarre dessin de ponts, ceux-ci droits, ceux-là bombés, d'autres descendants ou obliquant en angles sur les premiers et ces figures se renouvelant dans les autres circuits éclairés du canal, mais tous tellement longs et légers que les rives chargées de dômes s'abaissent et s'amoindrissent. Quelques-uns de ces ponts sont encore chargés de masures. D'autres soutiennent des mats, des signaux, de frêles parapets. des accords mineurs se croisent et filent, des cordes montent des berges. On distingue une veste rouge, peut-être d'autres costumes et des instruments de musique. Sont-ce des airs populaires, des bouts de concerts seigneuriaux, des restants d'hymnes publics? L'eau est grise et bleue, large comme un bras de mer. Un rayon blanc, tombant du haut du ciel anéantit cette comédie.


Ornières

A droite l'aube d'été éveille les feuilles et les vapeurs et les bruits de ce coin du parc, et les talus de gauche tiennent dans leur ombre violette les mille rapides ornières de la route humide. Défilé de féeries. En effet : des chars chargés d'animaux de bois doré, de mâts et de toiles bariolées au grand galop de vingt chevaux de cirque tachetés et les enfants et les hommes sur leurs bêtes les plus étonnantes; vingt véhicules, bossés, pavoisés et fleuris comme des carrosses anciens ou de contes pleins d'enfants attifés pour une pastorale suburbaine; - même des cercueils sous leur dais de nuit dressant les panaches d'ébène, filant au trot des grandes juments bleues et noires.


Fleurs

D'un gradin d'or, -parmi les cordons de soie, les gazes grises, les velours verts et les disques de cristal qui noircissent comme du bronze au soleil,- je vois la digitale s'ouvrir sur un tapis de filigranes d'argent, d'yeux et de chevelures. Des pièces d'or jaune semées sur l'agate, des piliers d'acajou supportant un dôme d'émeraude, des bouquets de satin blanc et de fines verges de rubis entourent la rose d'eau.

Tels qu'un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses.


Marine

Les chars d'argent et de cuivre -

les proues d'acier et d'argent-

battent l'écume-

Soulèvent les souches des ronces.

Les courants de la lande,

et les ornières du reflux

filent circulairement vers l'est,

vers les piliers de la forêt,-

vers les fûts de la jetée,

dont l'angle est heurté par des

tourbillons de lumière



Chapitre 4. Réflexions sur le style

Parfois, on s'interroge à propos des associations étranges de Rimbaud. Par exemple dans "Les illuminations" :

"Bien après les jours et les saisons et les être et les pays

le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques (elles n'existent pas)

Remis des vieilles fanfares d'héroïsme qui nous attaquent encore le cœur et la tête, loin des anciens assassins"…

Comprenne certains de ces vers qui pourra, note Tesson, poursuivant :

"mais faut-il les comprendre? L'image frappe, cela suffit… Depuis 150 ans les exégètes tentent de percer les énigmes, de comprendre le sens caché des poèmes, de déchiffrer la clé et ces spéléologues sémantiques opèrent parfois au détriment de la musique"


Je me suis intéressé personnellement sur la limite entre le désordre mental et la création.

J'ai rencontré il y a quelques années, au cours d'un voyage en Guadeloupe, un médecin psychiatre qui exposait des peintures bizarres produites à l'hôpital de Maison Blanche où il exerçait et avec qui j'ai sympathisé. Sa démarche était celle de "l'anti psychiatrie", (le courant basé sur les travaux de Michel Foucault, l'anti-Œdipe de Deleuze et Guattari, etc.). Sa démarche consistait à soigner ses "patients" notamment par la création et il m'a invité par la suite à assister à des expositions de peinture, à des lectures de textes, de personnes internées en hôpital.

Je me suis souvent interrogé en les regardant.

En considérant tel tableau abstrait produit en hôpital que se passerait-il s'il était associé à une exposition de peintres contemporains? En écoutant tel poème récité devant moi avec une articulation hésitante, que se passerait-il si ce passage était artificiellement glissé à titre expérimental dans une page d' "Une saison en enfer"?

La réponse n'est pas évidente et elle nous pose des questions théoriques sur la nature de la création.

J'ai tendance à penser que le créateur se pose sur un axe où se situent aux extrêmes l'artisan et le fou.

L'artisan maîtrise une technique mais, (théoriquement), il n'innove pas. Dans certaines corporations cela lui est même interdit.

Le fou est enfermé dans son délire mais il ne parvient pas à s'exprimer parce qu'il lui manque une technique d'expression pour cela. Comme le dit Foucault, "la folie c'est l'absence d'œuvre".

Le créateur se situe à mi-chemin : c'est un fou qui a trouvé une technique pour s'exprimer, il a trouvé le moyen de casser les murs du silence pour s'adresser aux autres, ou bien c'est un artisan qui s'est libéré des usages professionnels.

Quand j'écris "à mi-chemin" c'est théorique. En réalité, les créateurs ne sont jamais exactement "à mi-chemin", certains penchent trop du côté de l'artisan (on dit d'eux : "quel dessinateur superbe, mais il manque un peu d'originalité); d'autres penchent trop du côté du fou (on dit d'eux : "c'est peut-être génial mais on n'y comprend rien").

Je crois que Rimbaud, comme un Bateau Ivre, navigue entre ces deux pôles. Il flotte un peu entre les deux.

Sa maîtrise de la matière verbale lui permet d'être toujours excellent dans la forme par instant classique mais par moment il dérape un peu vers sa folie, ou bien il se laisse entraîner par son goût pour la provocation. Il dérive. Comme il l'écrit quelque part :

"un soir j'ai assis la Beauté sur mes genoux. Je l'ai trouvée amère. Et je l'ai injuriée

Baudelaire dans son brouillon des Fleurs du Mal écrit à propos de sa création personnelle "qu'il a transformé la boue en or". Rimbaud, lui, ne distingue pas. Comme le note Tesson, "il mélange l'or et la boue". Ses visions sont alternativement superbes et sales, il mélange le pur et l'impur, il balance entre la salissure et la pureté, il additionne les oppositions.

A certains moments il délivre des vers d'un classicisme pur et admirable :

Elle est retrouvée

Quoi? L'éternité

C'est la mer mêlée

au soleil.

à d'autres, il délire un peu :


Au bois, (…)

il y a une horloge qui ne sonne pas

Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches

Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte

Il y a une petit voiture abandonnée dans un taillis

ou qui descend le sentier en courant enrubannée

il y a une troupe de petits comédiens en costumes aperçus sur la route

à travers la lisière du bois

il y a enfin, quand l'on a faim et soif, quelqu'un qui vous chasse


ou il provoque comme dans ce poème à Vénus qui se termine par ce verset :

"Ses reins portent deux mots : Clara Vénus

et tout ce corps remue et tend sa large croupe

belle hideusement d'un ulcère à l'anus"


Il juxtapose la beauté et sa caricature, folie ou provocation.

D'où la difficulté parfois à le lire : on est perdu, on n'a plus de repère.

C'est peut-être précisément parce qu'il juxtapose la Beauté et le Délire qu'il nous piège, qu'il est génial. A certains moments il nous embarque vers la beauté formelle puis, sans prévenir il nous débarque, un peu "au-delà" de l'originalité poétique vers une zone que l'on refuse de visiter où l'on se sent soi-même transplanté vers notre propre déraison

Il faut accepter sa flottaison. Il ne faut pas isoler un texte de Rimbaud, ou seulement un poème, ou seulement un verset : on est trop perturbé.

Il faut le prendre en bloc, Il faut laisser notre intuition, - pour ne pas dire notre inconscient, se laisser prendre par "le vertige des mots".


Chapitre 5. Les poètes du quotidien

Parvenu à ce stade de ma réflexion je me suis interrogé sur ce que l'on appelle "poésie", sur ceux que l'on désigne comme "poètes".

On appelle généralement "poètes" les "grands poètes" qui figurent dans les anthologies et que l'on admire à juste titre depuis l'école. On y trouvent outre Rimbaud de nombreux auteurs depuis Villon et bien d'autres après lui, (Baudelaire, Apollinaire, Cendrars, Paul Valéry, René Char, Saint-John Perse, etc.), je cite au hasard et j'en oublie deux douzaines au moins.

La caractéristiques de ces grands poètes (appelons-les "les poètes d'anthologie") c'est qu'ils ont renouvelé la langue, ils ont reconstruit chacun à leur manière le matériau de construction de notre univers poétique et plus globalement ils ont changé notre perception de notre environnement conceptuel. A partir d'eux, on ne voit plus le monde avec la même sensibilité comme auparavant.

Mais dans vie quotidienne, bien que l'on connaisse leurs noms, peu de gens les lisent (en dehors de l'école, du contexte universitaire). Seuls 1% des gens peuvent en citer un vers. Ils sont inscrits en marbre sur les écoles et leurs noms figurent souvent sur les plaques des rues mais ils "n'habitent pas" la vie quotidienne du plus grand nombre. Ils en constituent seulement le décor.

Mais à côté des "poètes d'anthologie" il existe une autre catégorie de poètes que j'appellerai à l'inverse, les "poètes du quotidien" que l'on fredonne tous les matins ou en dans la journée en cuisant la soupe ou en coupant le bois. En tapotant le clavier de l'ordinateur, souvent on les écoute d'une oreille. Leur compagnie que j'appelle également "poésie" irrigue notre vie.

Parmi les "poètes du quotidien" que je fréquente je cite par exemple :

mon ami Léo Ferré qui écrit :


Le piano du pauvre

Se noue autour du cou

La chanson guimauve

Toscanini s'en fout


T' es toute nue

Sous ton pull

Y'a la rue

Qu' est maboule

Jolie môme


et ce magnifique poème du quotidien :


Avec le temps...va, tout s'en va, on oublie le visage et l'on oublie la voix le cœur, quand ça bat plus, c'est pas la peine d'aller chercher plus loin, faut laisser faire et c'est très bien avec le temps... avec le temps, va, tout s'en va, l'autre qu'on adorait, qu'on cherchait sous la pluie l'autre qu'on devinait au détour d'un regard entre les mots, entre les lignes et sous le fard d'un serment maquillé qui s'en va faire sa nuit avec le temps tout s'évanouit


je pense à mon ami Jacques Brel dont je me souviens avoir écouté les larmes aux yeux avec jacqueline ce poème envoyé par ma fille quand nous étions très loin :

La pluie est traversière Elle bat de grain en grain Quelques vieux chevaux blancs Qui fredonnent Gauguin

Et par manque de brise Le temps s'immobilise Aux Marquises


et ailleurs, une autre fois:

Moi, je t'offrirai Des perles de pluie Venues de pays Où il ne pleut pas Je creuserai la terre Jusqu'après ma mort Pour couvrir ton corps D'or et de lumière Je ferai un domaine Où l'amour sera roi Où l'amour sera loi Où tu seras reine Ne me quitte pas

je pense à mon amie Barbara :

Le printemps s'est enfui depuis longtemps déjà, Craquent les feuilles mortes, brûlent les feux de bois, A voir Paris si beau dans cette fin d'automne, Soudain je m'alanguis, je rêve, je frissonne, Je tangue, je chavire, et comme la rengaine, Je vais, je viens, je vire, je me tourne, je me traîne, Ton image me hante, je te parle tout bas, Et j'ai le mal d'amour, et j'ai le mal de toi,


Je pense à mon ami Charles Trenet:

Que reste-t-il de nos amours Que reste-t-il de ces beaux jours Une photo, vieille photo De ma jeunesse Que reste-t-il des billets doux Des mois d' avril, des rendez-vous Un souvenir qui me poursuit Sans cesse

Je pense à mon ami Grand Corps Malade :

C'est la pénombre qui règne comme si le soleil était mort-né

Messieurs-Dames aujourd'hui, il a fait nuit toute la journée

Je n'ai pas senti de chaleur s'épanouir au dessus de nos têtes

je n'ai vu aucune lueur venir frapper à nos fenêtres


Je pense au rappeur Maître Gimm

Malgré le temps qui passe, j'espère Pourquoi je gagne et puis je perds ? Comme un enfant à qui l'on raconte une histoire Je dois y croire Malgré les hauts, les bas, je sais M'accorder un dernier essai Je vois la vie me faire un signe J'ai lutté pour en être digne

J'ai peine à ne pas les citer tous, de Brassens à Nougaro, d'Alain Souchon à Bécaud, etc…


Personnellement, je n'ai pas écrit de chansons, mais j'aurais pu. Je me sens solidaire d'eux.


Question : quel lien établir entre "les poètes d'anthologie" et "les poètes du quotidien".

Entre ceux que personne ne lit mais dont a besoin et ceux que l'on fredonne tous les jours, dont on ne pourrait pas se passer, et qui ne sont pas "dans les anthologies".

Quelles sont leurs fonctions complémentaires?

Comment les faire mieux se rencontrer, se compléter, se nourrir réciproquement?


J'improvise des voies de solution :

1) on pourrait imaginer que des "poètes du quotidien" s'inspirent plus souvent des textes des "poètes d'anthologie". Cela se fait déjà : Ferré écrivant des chansons sur des texte d'Aragon; Brassens écrivant des chansons sur des textes de Villon. Mais cela constitue l'exception. Cela pourrait devenir la règle.

2) On pourrait imaginer que les "poètes d'anthologie" s'inspirent plus facilement du contexte des "poètes du quotidien" par exemple pour nous écrire des chansons.

3) On pourrait imaginer que les "poètes d'anthologie" sortent de leur ghetto élitiste et soient popularisés facilement, gratuitement, largement, par des moyens de communication originaux. Je pense à des campagnes d'affichage de poésie sur les murs des grandes villes;

4) Je pense à une Université de la Chanson Poétique. Je pense à un baccalauréat de la création poétique, à une agrégation de la Chanson Française Poétique.

5) je pense à un brassage, dés l'école, le collège, le lycée, de ces différentes catégories de poètes, où l'on ferait apprendre et réciter en même temps aux enfants Rimbaud et Sardou, Saint-John Perse et Brassens, René Char et Charles Trenet.

6) Je vais écrire au Directeur de La Pléiade, chez Gallimard, pour lui demander de publier, sur un beau papier bible comme il sait le faire, une édition de "Poètes d'aujourd'hui", où l'on trouvera côte à côte Rimbaud et Alain Souchon, Baudelaire et Jacques Brel, Brassens et René Char, etc. etc. Il ferait œuvre utile pour tous (et par parenthèses il aura un grand succès commercial!). S'il me répond, je vous le dirai.

7) Je vous invite à chercher d'autres idées pour soutenir toutes les formes de la poésie.


Je vous invite à valoriser les poètes du quotidien souvent noyés actuellement dans un magma de rythmes assourdissants, un magma de "bruits", qui font oublier le texte. Je parle du "vrai texte", de la langue poétique, du Verbe.


Et je vous invite à relire Le Bateau Ivre et à écrire vous-même des poèmes de votre quotidien.

[1] "Un été avec Rimbaud". Editions Equateurs France Inter. 2021. [2] - "Rimbaud œuvres complètes". La Pléiade. Gallimard. 2009. André Guyau. Préface de l'édition [3] il invente aussi des verbes [4] on remarquera la forme classique du sonnet : deux strophes de quatre vers, deux strophes de trois vers; un rythme d'alexandrins, des rimes alternées. Octobre 1870, Rimbaud a 16 ans. [5] bien que, d'après certains auteurs, Baudelaire avait déjà écrit avant lui, de son côté, des "poèmes en prose".

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