Mercredi

Le mot mercredi est issu du latin Mercuri dies signifiant « jour de Mercure". Mercure a été un messager des dieux. Il devient le dieu du commerce, des voyages et des voleurs. Mercure est chargé de transmettre les nouvelles; par extension, le nom de Mercure est associé aux débuts de la presse périodique, chargé de communiquer les nouvelles (ex : le Mercure galant (1672). "Rien que d'la marge"




Au départ, on était une famille d'artisans. Mon père était fourreur. Mon oncle était tailleur, mon neveu charpentier.

Artisan ce n'était pas seulement un métier, c'était un style de vie, des valeurs. Faire du bon boulot, honnêtement, avec soin. Avoir le respect du travail, comme un culte. J'ai souvent vu mon père travailler le soir très tard pour clouer les peaux sur des planches de bois et je crois encore entendre le bruit du marteau sur les clous


Et puis, un jour brutalement, tout s'est arrêté, on était ruiné.

Une ancienne vedette de cinéma, Rabitte Cradot, s'était émue à juste titre du massacre sauvage des bébés phoques mais, par extension, par erreur, on a décrété que faire des manteaux de fourrure était un crime absolu. On pouvait manger des côtelettes de mouton, des escalopes de veau, du lapin à la moutarde mais faire des manteaux avec une peau de mouton, de veau, de lapin, c'était l'équivalent du génocide. En quelques mois, une profession avait disparu. Le quartier des fourreurs autour du faubourg poissonnière s'était transformé, abandonné aux marchands de pizza.


Heureusement, mon père a trouvé une autre voie, il s'est lancé dans les blousons de cuir. Pas en vrai cuir, évidemment, ce qui aurait été "un crime", mais en simili cuir. En fait, en plastique. On achetait les blousons en Pologne, par série complète, du 36 au 46, à des prix imbattables, il n'y avait plus qu'à les vendre.

Sans s'en rendre compte sur le moment, on a changé complètement d'univers : d'artisans on était devenu commerçants.

D'ailleurs on a abandonné l'atelier et ma mère s'est débrouillée pour louer une boutique Rue Ampère, dans le XVIIème, un quartier aisé.

Les débuts n'ont pas été évidents. Il fallait changer de langage, d'attitude, de réseau relationnel. On a connu les journées sans clients. Je ne sais pas si on aurait pu tenir le coup longtemps jusqu'au jour où ma mère a eu une idée géniale : "on va faire les marchés".

On a pris un stand sur le marché de Suresnes, un coin que l'on connaissait déjà, on a installé nos tréteaux, une ébauche de cabine d'essayage avec trois rideaux, et c'était parti.


Le succès a été immédiat. C'était la mode de la moto, des blousons noirs, on cassait les prix et on retrouvait une clientèle familière, des gens pas maniérés qui étaient à l'aise avec nous sur les marchés. Du coup, on a multiplié les marchés et on a fait toute la banlieue du secteur Ouest, le long de la voie de chemin de fer : Puteaux, Courbevoie, Bécon les Bruyères, Asnières.


Et on a embauché pour nous aider un neveu, Fernand, qui rapidement nous a proposé de s'associer avec nous et d'exploiter la banlieue Est que l'on connaissait mal.

On a mis au point un système simple : en famille, pas de salariés, mais un contrat de travailleur indépendant. Avec nous, tout le monde était patron.


Fernand en a parlé à ses copains : la proposition a séduit toute une bande de jeunes, souvent chômeurs ou aliénés dans un boulot ingrat.

Le seul critère était qu'il fallait avoir du bagout, de l'énergie et envie de réussir. On organisait les achats en gros et on prenait une com. Finalement on a mis en place tout un réseau. En un an, on s'est implanté dans 17 marchés, en deux ans on en a fait 54, en trois ans 114.

Dans la foulée on a élargi notre offre. Aux blousons on ajouté les gants de moto qui couvraient très haut les poignets; puis les bonnets en "fausse fourrure"; puis les casques de motos, puis les vêtements en daim (en simili). Nos stands ont doublé de surface et ont changé leur look, avec des photos lumineuses géantes (sur batteries) qui accrochaient les passants.


Au début, on recevait la marchandise de Pologne dans des camionnettes, mais avec le succès, il a fallu changer de taille, on était livré en semi-remorques qui avaient du mal pour se garer rue Ampère. Du coup, on a du déménager et louer un hangar à Bezons, avec une grande cour où les semi. pouvaient manœuvrer à l'aise.

Dés que la marchandise nous était livrée on la distribuait chez nos petits "associés". En échange ils nous donnaient un billet à ordre ("on s'engage à payer telle somme dans 90 jours") - pour eux un jeu d'enfant; nous, on portait aussitôt les billets à la banque qui nous créditait du montant en prenant une commission.

Sans le faire exprès, on avait inventé la martingale du siècle :

"pas d'investissements, pas de salariés, pas de stock : rien que d'la marge"


La marge, effectivement, est venue avec la quantité : à flots ! On avait une stratégie : vendre moins cher que dans les grandes surfaces avec une marge minimum et beaucoup de promo : des ventes à prix cassés pour tous les prétextes. De notre côté, on n'était pas trop regardant sur la vente au black : c'était leur problème et on fermait les yeux.

Mon père nous a soutenus au départ (il faisait les livraisons) puis il s'est senti largué : on n'était plus de son monde. Il a déclaré qu'il se mettait à la retraite et qu'il s'occupait de ses rosiers.

Ma mère a fait venir ses deux sœurs, l'une s'occupait du réseau, l'autre des commandes; ma mère faisait le tour des marchés pour "garder le contact avec le terrain", comme elle le disait, et soutenir les points faibles. On les appelait "le trio infernal".

Une fois, on a été concurrencé par une bande d'italiens qui cherchaient à s'implanter sur nos marchés avec le même genre d'articles que nous. On a organisé une réunion de branle-bas de combat avec tous nos jeunes. On a choisi de se battre : on a décidé de vendre à perte pendant trois mois, avec des promos d'enfer. On a gagné, ils sont partis et on a mis à peine six mois pour rattraper notre perte.


Entre temps, au fil des années, mes parents ont décidé que je devais faire "une grande école". Ils m'ont trouvé une école de commerce payante, rue de Miromesnil, où on garantissait un diplôme en deux ans. C'est là que j'ai appris les secrets de la vente et notamment les grands principes résumés par des sigles comme le fameux A.I.D.A. (Accrocher l'attention du passant; I rechercher son point d'intérêt; D éveiller son désir par une offre personnalisée; A, déclencher l'acte d'achat ).

Avec ce savoir, j'ai organisé des séminaires de formation pour tous nos petits vendeurs et ils ont adoré.


Je suis rentré dans l'univers de la presse un peu par hasard. Le père d'un copain de mon école de commerce était directeur d'un magazine consacré aux programmes de télé : l'Hebdo Télé. Il m'a proposé de rejoindre son équipe, pour faire plaisir à son fils. J'ai accepté pour voir, un peu fasciné par l'univers de la presse. Je tenais la rubrique des sports (ma passion).


J'avais une colonne toutes les semaines, pour toutes les émissions de télé consacrées aux sports et une page pour les grandes manifestations : championnats, finale de la Coupe, etc.


J'avais droit à la carte de presse qui faisait ma fierté (et celle de ma mère) et me donnait droit à des places gratuites pour tous les spectacles.


Un jour il m'est venu une idée : organiser une rubrique d'annonces gratuites pour l'univers du spectacle et de la télé. Elle a reçu un succès incroyable. J'avais commencé avec un quatre pages, au bout de trois mois j'ai fait un numéro entier de 42 pages qui était donné gratuitement en supplément de l'hebdo normal. Le directeur était ravi parce que le supplément entraînait une augmentation des ventes de l'hebdo, ce qui l'a conduit à doubler le prix de la pub.

Avec ma revue gratuite, je triomphais, j'ai eu l'idée de l'appeler "Mercure Hebdo

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